DEMOCRAT'CHIC!


Wirtschaft kaputt + bide mémorable = la politique allemande, c'est beaucoup, beaucoup plus drôle qu'on ne croit

Je suis à Berlin pour le week-end, et je regarde ZDF à la télé. C'est une émission consacrée à Obama, avec comme intervenants des gens que je ne connais pas. Un ancien ministre,une présentatrice, un type habillé comme un cow-boy, et un jeune, beau, "obama-fan".

Ils ont beaucoup parlé pour commencer de la campagne américaine, et surtout des ambiance, de l'enthousiasme aux meetings. Cela transparaissait dans l'émission, et quelques recherches sur YouTube ou les journaux le confirment : les allemands, qui sont eux aussi en période de campagne électorale, ont été étonnés par l'ambiance des meetings, d'Obama comme de Mc Cain. On peut voir ici et là quelques images très compassées. Pour une française, les images allemandes sont vraiment étonnantes. On se croirait à une réunion locale du CDS des années 90. Et pour la mise en scène, le SPD fait limite RDA. n sait que le pouvoir présidentiel conduit à une starisation, et encore plus quand il y a suffrage universel direct, mais il faut se rendre compte de ce que donne une autre manière de faire pour comprendre la différence...
Bref, du coup, j'ai eu le droit à un épisode marrant que je me suis empressée de retrouver sur YouTube. Ca se passe quelques jours avant les élections américaines. Hubertus Heil, le secrétaire général des sociaux-démocrates allemand, fait allusion à la campagne d'Obama, et rappelle, plein d'espoir, son slogan favori : "Yes we can". Du coup, à la Ségo pourrait-on dire, il tente de faire reprendre ça à la foule. Et c'est un bide mémorable. J'adore.



- dans la suite de l'émission, ils ont parlé de de qu'on pouvait attendre d'Obama. En gros : il est passé le temps où quelques pays pouvaient décider pour tout le monde. Un vieil ancien ministre du Bund bedonnant fait un morceau de bravoure à ce sujet. Il est applaudi,, et tout le monde s'accorde sur la multipolarité du monde. Je crois qu'en France on en serait resté plus à des tentatives d'instauration de bipolarité, c'est intéressant (avec nous comme chef de l'autre pôle, comme de bien entendu...) . Et c'est là,donc, que j'ai entendu cette phrase magnifique, qui me fera je pense au moins jusqu'à la reprise : "Die Wirtschaft ist komplett kaputt" (L'économie est toute cassée). J'adore bis.
Au fait, de cette saillie ils tirent un enseignement : Obama s'occupera d'abord des siens, des américains, et c'est normal.

Enfin bon, c'est bien gentil tout ça, mais je retiens surtout que je dois être grave intoxiquée pour regarder des émissions politiques en allemand au lieu de lire le dossier spécial de Brigitte sur la maille.

Victoire démocrate au siège du MoDem




Le Modem organisait un événement, pour la soirée des élections américaines. Avec force live-blogging, skype-un-peu-surchargé, passage de vidéos YouTube et autres marrades. A base de Christophe Ginisty, Quitterie Delmas et Childéric Muller, avec des interventions spéciales de nos élus sur leurs souvenirs de précédentes élections. Dans un genre un peu talk show, pourquoi pas.

Il y avait plein de monde, c'était vraiment bien organisé, très pro, une déco réussie. Ce qu'on appelle un succès.

Ma perception de cet événement est un tout petit peu différente de ce que j'ai pu lire ici ou là. J'avais invité trois cousines étudiantes, via facebook. L'une d'entre elle a répondu, et a trouvé trois amies pour l'accompagner. Je suis donc arrivée en compagnie de quatre nouvelles sympathisantes, pas effrayées à l'idée de rentrer au siège du Mouvement Démocrate. J'étais assez étonnée de cela. Quatre, c'est beaucoup. J'ai soupçonné ma cousine, qui me ressemble un peu, de ne pas avoir tout dit, genre d'avoir présenté ça comme une grosse teuf comme il y en a eu d'autres... mais non. Elle avait été parfaitement honnête, la chère petite :)

Et puis, en chemin, entre Invalides et le 133 bis, un jeune homme nous demande si "le MoDem, c'est par là-bas". Encore un nouveau, qui vient avec l'intention d'adhérer. Ce qui faisait 5 nouveaux sympathisants. Hors période électorale. Dans Mouvement Démocrate, il ne faut pas oublier le premier mot!

Du coup, j'ai fait la soirée de François Guliana en lui faisant bisouiller trois des quatre minettes à la suite. Beau geste de soutien aux connexions démocrates, je trouve. Mais niveau militantisme, comme vous savez, j'assure grave.
Elles, ce qui a fait leur soirée? D'abord y'avait Mouss Diouf. Ensuite, elles ont posé des milliers de questions, sur le MoDem et le modèle américain, qui était qui dans la salle, c'est quoi faire de la politique...
J'ai adoré ça, répondre aux questions. J'aime parler de ce en quoi je crois, et tenter d'en convaincre les autres.

C'est cet effort d'enthousiasme et cette volonté d'imprimer un élan collectif qui fait le plaisir de la politique, peut-être aussi son danger, mais je ne veux voir que le positif, aujourd'hui où c'est ce même élan qui a porté Obama à la présidence.

Et si, et si...



C'est terrible : plus on annonce la victoire d'Obama, moins j'y crois... pas vous?
Je me souviens très bien du jour où on a été sûrs de la réélection de Bush, en 2004. Je me souviens de mon humeur dans une salle de cours, en rangeant le matériel. Je me sentais frustrée de perspectives d'avenir par le vote de ces  gens, au loin. Ou plutôt, par les règles incompréhensibles _ et assez peu "démocrates", bizarrement, de leur démocratie.

Et puis quand je lis ça, je me dis qu'on profitera peut-être encore quelques temps de Sarah Palin : Comment McCain pourrait l’emporter, par Greg Palast.

Mais relativisons : McCain n'est pas Bush, et les Etats-Unis ne sont plus ce qu'ils étaient encore en 2004. Avant la fin de ce mois, on va voir comment la Chine et la Russie prennent les derniers développement de la crise.
Pauvre Amérique, tout de même.

Oh, say, can you see...

Aaarggghhh le pilon!


Cette semaine, dans le poste, ça a causé du pilon. Des livres qu'on va écrabouiller dans des coins à la limite de la civilisation, car où pourrait-on commettre un tel crime, sinon dans ces zones barbares,"arrivé(s) aux lisières des cités que l'on appelle «sensibles»". Le cauchemar du pilon. un "théâtre de la cruauté".
C'est Halloween ET la rentrée littéraire, tout est possible....

Y compris des phrases de ce genre :
"Dans le tas, 10 000 exemplaires de la bouleversante
autobiographie. 10 000 fois l'objet unique, le précieux reliquaire des
aveux intimes et des pensées délicates. Un bulldozer pousse les 10
tonnes de mots sur un tapis roulant. Le tapis roulant les monte vers le
cylindre de la broyeuse, qui les avale. Ils disparaissent. On entend le
bruit des roues dentées qui les déchirent. Fini les simagrées.
" Et attendez, vous savez pas le plus beau, innocents que vous êtes. Mais on vous le met en gras : "Le même drame se rejoue plusieurs fois par jour."

Envoyez les enfants se coucher, c'est pas de leur âge!!

Tout ça pour faire des boîtes de pizza, mais quelle barbarie. C'est Fahrenheit 451 chez Gino.

Et du coup, dans les commentaires, ça se répand contre les éditeurs qui produisent trop, les libraires qui achètent trop et vendent pas assez, les écrivains qui écrivent trop, et les gens qui achètent pas assez. Mais les gens sont cons, je sais pas si quelqu'un a pensé à le dire.
Avant, l'auteur a eu la gentillesse de nous prévenir que le bouquin pas mal dont il y avait 10 000 exemplaires de trop a été noyé sous la masse de biographies du président ("encore chaudes" _ personne ne sait ce que ça veut dire), et autre cahiers de vacances.
Oui, parce que faut savoir que, en volume, la production des imprimeurs, c'est quand même surtout ça hein. Polly au pays des fées, les schtroumpfettes en goguettes, Martine à la bibliothèque, pourquoi les femmes du présidents ont un nom en -a alors que lui ça se termine en -y, pourquoi la ministre de la justice son prénom se termine justement en -a, etc, etc...
Y'a même le bouquin dans lequel est inclus, selon le titre qu'on a choisi, la poupée vaudou de N. Sarkozy ou S. Royal.
Du haut niveau, quoi. De l'intime, du bouleversant.

C'est quand même incroyable ce fétichisme du livre. Je voulais dire trois trucs :
1. tous ces livres sont conservés pour les siècles et les siècles à la BnF. Oui. Y compris Polly et ses amies. Ca s'appelle le dépôt légal, ça marche depuis François 1er et c'est plus fort que le remord d'un auteur : si un auteur veut retirer son oeuvre de la vente et tout détruire après que l'imprimeur ait envoyé son exemplaire au dépôt légal, il peut, mais le dépôt légal reste. Cela signifie que, quand bien même aucun exemplaire de cette oeuvre bouleversante n'a trouvé aucun preneur nulle part, les 10 000 partis au pilon ne signifient pas que l'oeuvre est détruite. Ce ne sont que des reproductions.
2. à supposer que ce soit vraiment un chef d'oeuvre, qui trouvera son public au fil du temps, et dont les premières éditions se vendront à prix d'or chez Drouot : c'est précisément l'acte du pilon qui fera la valeur de ces exemplaires : moins il y en a, plus ils seront chers.
3. y'aurait quand même moyen de pas tout bazarder, et de faire des sélections pour envoyer dans des écoles qui n'ont pas ce genre de chose. Evidemment, il faudra cibler certaines écoles africaines où l'enseignement se fait en français, ça fait pas des masses. Et puis ensuite acheminer les bouquins jusqu'aux écoles. Je me demande si des associations font ce genre de choses? Si ça se trouve, le prix des bouquins mêmes neufs ou d'occase n'est rien par rapport au coût du transport?


Enfin, avec tout ça, Pierre Jourde s'est offert un bon moment d'émotion, il l'a partagée avec ses lecteurs, et, par les temps qui courent, c'est pas rien ma bonne dame. Mais moi, je me suis même pas marrée tellement c'est factice.

La mondialisation ou pas

Vous connaissez l'émission "le dessous des cartes"? en voici une en date de 2007 où JC Victor explique "une mécanique de l'économie mondiale, structurée par les flux commerciaux, les flux financiers, les flux de personnes et de données, et l'augmentation du nombre des villes dans le monde.
Finalement, les concentrations que tout cela induit : car nous devons avoir d'autres instruments pour saisir ce qui sous-tend, de façon discrète, les rapports de force dans le monde."

Le passage sur les paradis fiscaux est évidemment particulièrement intéressant ces jours-ci, en raison de leur mise en avant par notre président. J'aime beaucoup cette émission. Peut-être que c'est cette approche géographique qui a manqué dans les analyses économiques et financières de ces dernières années. La géographie oblige à en revenir aux territoires, aux conséquences réelles. J'ai l'impression que le support de la carte fonctionne comme une pesanteur, qui empêcherait la théorie de dire n'importe quoi. Ou alors, c'est la tradition de la discipline géographique, qui force à un certain pragmatisme. Ou alors c'est juste JC Victor, vous me direz, avec son côté pas drôle et le rythme lent de son émission, qui fait qu'il a pas du tout l'air du genre à nous faire une séance de branlette intellectuelle.

"Nos cartes soulignent en creux les pays qui vivent en dehors du temps mondial et montrent que la richesse est à peu près toujours la même. Il y a dans le concept de mondialisation une sorte de survalorisation, une mythification, qui touche aussi bien ceux qui participent à la mondialisation que ceux qui en sont exclus. Cela relativise de toute façon l'approche des relations internationales par le jeu des seuls états. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que la mondialisation n'est pas mondiale, elle n'est pas pour tout le monde."


C'est beau.